Entretien avec Maxence Gautier

Passionné de sobriété énergétique et qui a fabriqué notre véli “Choupette”.

 

Qu’est-ce qu’un Véli ?

Le mot “Véli” vient de “Véhicule Électrique Léger Intermédiaire”.
Ce sont tous les véhicules qui se situent entre le vélo et la voiture et qui pèsent moins de 600 kilos. Il permet de faire tout ce que l’on ne peut pas faire à vélo et qui nous oblige à prendre la voiture (transporter des personnes, du matériel, ou circuler par tous les temps) mais sans les limites du vélo classique : manque d’espace, de stabilité, ou de protection (visibilité, intempéries, en cas de choc).

En résumé, c’est un vélo augmenté, plus stable (grâce à trois ou quatre roues), plus pratique (avec de la place pour le chargement), et plus confortable (abrité du vent et de la pluie avec une ou deux assises ergonomiques). Certains modèles nécessitent de pédaler, d’autres peuvent fonctionner totalement en électrique mais tous sont très maniables, voir carrément passe-partout.

Qu’est-ce qui t’a donné envie d’en construire un ?

Tout a commencé avec mon activité professionnelle.
Je suis artisan bijoutier, et je cherchais un moyen écologique de transporter mon établi, mes outils et mes pièces sur les marchés. J’avais fabriqué une remorque pour vélo, mais chargée, elle pesait jusqu’à 150 kg. Mon ancien vélo de course n’était pas adapté à ce type de traction.

J’ai donc cherché un vélo électrique, et par chance, un grossiste m’en a offert un pour essai. J’ai tiré la remorque avec et j’ai été bluffé : quelle facilité d’effort et quelle économie d’énergie ! Je pouvais parcourir de longues distances, et en plus je pouvais le recharger uniquement grâce aux panneaux solaires de ma tiny.

Mais dès qu’il pleuvait, c’était la galère : vêtements trempés, chaussures mouillées, travail inconfortable. C’est là que l’idée a germé : et si j’avais un vélo… mais carrossé ?

D’où vient ton inspiration ?

Je me suis plongé dans les recherches et j’ai découvert tout un univers : les vélomobiles, les vélos couchés carénés, les véhicules à pédales des années 50… Notamment le travail de Charles Mochet, inventeur de la “voiturette à pédales” (1934).

Mon idée, c’était d’avoir un véhicule utile, durable et sobre, qui puisse me servir aujourd’hui, demain et toute ma vie, un vrai compagnon de route polyvalent qui vienne remplacer totalement la voiture.

Comment es-tu passé de l’idée à la fabrication ?

Ça a pris du temps, principalement parce que je vivais en camion ou en habitat léger. Il me manquait un espace pour bricoler, et les moyens financiers.
Quand j’ai enfin trouvé un terrain avec un cabanon en guise d’atelier, j’ai pu me lancer.

J’ai découvert les plans du Vhelio (lien), développés par l’association Vélo Solaire pour Tous quand je suis allé au Salon des Véhicules Intermédiaires en 2023 à Milau. J’ai pu y rencontrer plein d’acteurs de la mobilité douce et essayer plusieurs modèles.
Leur modèle m’a convaincu : un véhicule simple, réparable, solide, capable de transporter jusqu’à 200 kg, et surtout… open source ! N’importe qui peut télécharger les plans gratuitement et le construire lui-même, même un adolescent curieux avec un peu d’aide.

Concrètement, comment s’est passée la construction ?

J’ai vendu ma moto et un vélo couché pour financer le projet.
Le Véli m’a coûté environ 5 500 € au total. Mais on peut trouver des vélomobiles pour 3000€ ou les prochains prototypes qui seront commercialisés entre 8 000€ (pour les moins cher) et 20 000€ pour le moment.
Pour mon premier prototype, la structure (le châssis et la direction proviennent des plans de l’association Vhelio) est faite de tubes en aluminium standards, faciles à trouver et peu coûteux.
J’ai fabriqué les batteries, plus durables et plus sûres (au lithium fer phosphate), et installé un panneau solaire sur le toit. Les sièges sont également fabriqués avec des chambres à air ce qui permet de leur donner une seconde vie en plus d’amortir les chocs.

L’assemblage prend environ 35 heures si on suit les plans à la lettre.
De mon côté, j’ai voulu adapter à mon usage j’ai donc mis un peu plus de temps. J’ai adapté le moteur (placé dans la roue arrière pour récupérer l’énergie au freinage), installé une boîte de vitesses Nexus7 simple et robuste et expérimenté plusieurs solutions techniques. Au total j’en ai eu pour 1 mois et demi de conception.

Comment fonctionne ton Véli ?

C’est un vélo à assistance électrique, mais dans lequel on est confortablement assis, à l’abri. On pédale, et le moteur prend le relais selon l’effort souhaité. Le panneau solaire recharge la batterie même en roulant, et l’énergie est même régénérée lors des descentes grâce au frein moteur (frein regénératif).

En été, on roule à l’ombre du panneau, en hiver on est protégé du vent et de la pluie. Et si besoin, la batterie peut aussi se recharger sur secteur.

Qu’est-ce que ça a changé pour toi ?

Beaucoup de choses.
Quand ma voiture a rendu l’âme, j’ai décidé de tenter l’expérience en ne la remplaçant pas tout de suite. Au final aujourd’hui, ça fait un an que je me déplace 100% avec le Véli (qui reste un prototype simple) et je me rends compte que j’y trouve plus d’avantages qu’ à racheter une nouvelle voiture.

Je l’utilise pour tout : aller sur le marché pour mon activité de bijoutier, transporter du matériel, ou partir surfer avec planches et combinaisons. Par contre je ne m’interdis pas de louer un véhicule si j’en ai besoin, exemple un déménagement.
En un an et demi, j’ai parcouru plus de 8 500 km (dont 5000 km les 6 derniers mois).

Quels sont les avantages ?

D’abord, le plaisir. Celui de pédaler, de sentir le vent, d’être dehors sans subir les intempéries. Et puis il y a le confort économique et écologique : plus d’essence, pas d’assurance, peu d’entretien (ou simple comme sur un vélo). Le Véli ne consomme presque rien (19Wh/km), et apporte beaucoup de joie sur la route : sourires, pouces levés, curiosité… c’est communicatif.

Enfin, c’est un véhicule qui rapproche : on peut être deux à bord, pédaler ensemble, partager l’effort et le plaisir.

Et les limites ?

Très peu, mais elles existent.
Le modèle que j’utilise n’a pas de suspension, donc sur les routes abîmées, il faut ralentir.
C’est le seul vrai inconvénient.

Mais ça fait aussi partie de la philosophie du projet : ralentir, observer, prendre le temps.
Moins vite sur le moment, mais plus libre sur le long terme. 

Mais si on y pense, est-ce que ça va vraiment moins vite qu’une voiture ? Par là quand je pense au temps que l’on passe à travailler pour payer la voiture, son entretien, son carburant, son assurance… Tout ce temps qui aujourd’hui est réduit à un simple graissage de chaîne et à un jeu de pneu par an, le calcul reste à faire, mais j’ai vraiment l’impression d’y gagner sur tous les plans. En tout cas, je roule le cœur léger !

Un prochain Véli en préparation ?

Oui, forcément ! Je réfléchis à un modèle suspendu, peut-être plus aérodynamique, mais toujours visible sur la route. L’idée, c’est d’améliorer encore le confort, le design et l’accessibilité, pour que ce type de véhicule devienne une vraie alternative envisageable pour ceux qui le souhaitent.

Et si quelqu’un veut construire le sien ?

C’est possible, et même encouragé ! Je conseille d’abord de définir son budget, son usage (quotidien, professionnel, voyage…) et de rejoindre l’association Vélo Solaire pour Tous (15€ par an).
Ils accompagnent les constructeurs, proposent les plans et parfois même des formations.

Et pour ceux qui ne veulent pas le fabriquer eux-mêmes, il est aussi possible d’en acheter un déjà monté.

aurore la route autrement

Entretien avec Aurore Barron

“Vivre autrement, c’est commencer par se déplacer autrement”

Aurore explore depuis plusieurs années des manières plus douces, plus simples et plus sensées de se déplacer et de voyager. Du vélo en ville, au van aménagé, puis au VÉLI, elle a peu à peu transformé sa manière de se déplacer.

Tu peux nous parler de ta façon de te déplacer avant de découvrir le VÉLI ? 

J’ai toujours privilégié des déplacements simples que ce soit dans mon quotidien ou pour voyager. À La Rochelle, tout se fait en vélo : en 15 minutes je suis partout, et j’adore ce sentiment de liberté.
À Paris, c’était plus compliqué. J’ai commencé par le métro, mais l’odeur, l’enfermement, le bruit, l’agoraphobie… Au bout d’un moment, j’ai dit stop. Je me suis mise au vélo, et ça a été le jour et la nuit. Une autonomie totale.

Et quand je voyage, je suis une adepte du “voyage lent” du coup je privilégie la marche, le vélo, le train, le bus, ou même le canoë. Mon dernier véhicule c’est un van, un Volkswagen Crafter que j’utilisais comme habitat mobile pendant six mois. Mais c’est un véhicule lourd, pas du tout adapté au quotidien.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de chercher une autre mobilité ?

Le vélo me convient, mais soyons honnêtes : quand il fait froid, qu’il pleut et qu’il y a du vent… La motivation n’est pas toujours au rendez-vous. Et prendre la voiture pour 5 minutes me semble absurde.

Quant au van, il n’avait aucun sens pour les déplacements courts. C’est gros, polluant, et coûteux, alors que mes besoins étaient simples : aller faire une course, transporter du matériel, me déplacer autour de La Rochelle.

Je savais qu’il devait exister quelque chose entre le vélo et la voiture… mais je ne savais pas quoi.

Comment as-tu découvert le VÉLI ?

Par toi, Maxence. Le premier jour où j’ai vu ton VÉLI, je me suis dit : “Mais qu’est-ce que c’est que cet engin ?!”
J’ai trouvé ça drôle, original… presque improbable.

Et puis tu m’as expliqué comment tu l’avais construit, pourquoi chaque élément était là, comment ça fonctionnait. Là, j’ai compris l’intelligence du concept. C’était ingénieux, logique, sobre.
Mais je n’ai pas osé l’essayer tout de suite. C’était nouveau, intriguant, et je suis quelqu’un qui observe avant d’agir. Une fois dedans, j’ai réalisé à quel point c’était simple et confortable.

Et une fois que tu as commencé à l’utiliser ?

J’ai rapidement pris mes marques. C’était plus facile que ce que j’imaginais.
Ce qui m’a le plus plu c’est d’être protégée du vent et de la pluie, d’avoir une assistance électrique quand on en a besoin, de ne plus subir la météo, et d’avoir quand même de l’espace pour transporter des choses, de me sentir en sécurité, tout en gardant la douceur du vélo.

J’ai aussi roulé avec en voyage : en Angleterre, avec deux planches de surf, le matériel de camping, les combinaisons… et à deux ! Après toutes ces expériences, mon ressenti est très positif. Aujourd’hui, oui : j’ai envie d’en avoir un. J’en vois l’utilité.

Tu pourrais remplacer ton véhicule actuel par un VÉLI ?

Oui. Mon van n’a plus de sens. Il me coûte cher et n’est pas adapté à mon usage.
Je pense qu’un VÉLI peut remplacer 80 à 90 % des trajets du quotidien. Peut-être qu’il restera quelques trajets longs que je ferai en train ou en covoiturage, mais je pourrais me passer de voiture.

Les modèles suspendus, avec quatre roues, plus confortables et rapides (jusqu’à 40–45 km/h) pourraient même remplacer complètement la voiture pour certaines personnes.
La seule question qui me reste est l’accès aux pistes cyclables selon les lois futures, parce que c’est ce que j’aime : pouvoir choisir entre la route et les pistes.

Quel serait selon toi le plus grand “coup de pouce” pour encourager cette mobilité ?

Les infrastructures. Les pistes cyclables. Certaines sont géniales, d’autres encore complètement cabossées, inadaptées ou inexistantes. Plus la mobilité douce sera facilitée, plus elle deviendra naturelle.

Et l’autre coup de pouce, c’est… continuer à rouler. Montrer. Donner envie.
Plus les gens verront des VÉLIs, plus ils oseront essayer, et plus ça deviendra normal.

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